Bővebb ismertető
AVERTISSEMENT.
Ceci n'est ni un livro, ni un voyage : je n'ai jamais pensé a écrire l'un ou l'autre. Un livre, ou plutôt un poëme sur l'Orient, M. de Chateaubriand l'afaitdans l'Itinéraire; ce grand écrivain et ce grand poëte n'a fait que passer sur cette terre de prodiges, mais il a imprimé pour toujours la trace dugénie surcette poudre que tant de siecles ont remuée. Il est allé a Jérusalem en pelerin et en chevalier, la Bible , l'Évangile et les Croisades <î la main. J'y ai passé seulement en poëte et en philosophe; j'en ai rapporté de profondes impressions dans mon cour, de hauts et de terribles enseignements dans mon esprit. Les études que j'y ai faites sur les religions, l'histoire, les mours, les traditions, les phases de l'humanité, ne sont pas perdues pour moi. Ces études qui élargissent l'horizon si étroit de la pensée, qui posent devant la raison les grands problemes religieux et historiques , qui forcent l'homme a revenir sur ses pas, a scruter ses convictions sur parole , a s'en formuler de nouvelles ; cette grande et intime éducation de la pensée par les lieux, par les faits, par les comparaisons des temps avec les temps, des mours avec les mours, des croyances avec les croyances , rien de tout cela n'est perdu pour le voyageur , le poëte ou le philosophe ; ce sont les éléments de sa poésie et de sa philosophie a venir. Quand il a amassé, classé, ordonné, éclairé, résumé l'innombrable multitude d'impressions, d'images, de pensées que la terre et les hommes parlent a qui les interroge ; quand il a muri sou âme et ses convictions, il parle a son tour, et, bonne ou mauvaise, juste ou fausse, il donne sa pensée a sa génération, ou sous la forme de poëme , ou sous la forme philosophique. Il dit son mot, ce mot que tout homme qui pense est
appelé a dire. Ce moment viendra peut-etre pour moi ; il n'est pas venu encore.
Quant a un voyage, c'est-a-dire a une description complete et fidele dos pays qu'on a parcourus, des événements personnels qui sont arrivés au voyageur, de l'ensemble des impressions des lieux, des hommes et des mours sur lui, j'y ai encore moins songé. Pour l'Orient, cela est fait aussi ; cela est fait en Angleterre, et cela se fait en France en ce moment, avec une conscience, un talent et un succes que je n'aurais pu me flatter de surpasser. M. de Laborde écrit et dessine avec le talent du Voyageur en Espagne, et le pinceau de nos premiers artistes. M. Fontanier, ' consul a Trébisonde, nous donne successivement des portraits exacts et vivants des parties les moins explorées de l'empire ottoman. Et la Correspondance d'Orient, par M. Michaud, de l'Académie française, et par son jeune et brillant collaborateur, M. Poujoulat, satisfait completement a tout ce que la curiosité historique, motale et pittoresque peut désirer sur l'Orient. M. Michaud, écrivain expérimenté, homme fait, historien classique, enrichit la description des lieux qu'il parcourt de tous les souvenirs, vivants pour lui, des croisades ; il fait la critique des lieux par l'histoire, et de l'histoire par les lieux; son esprit mur et analytique se fait jour a travers le passé comme a travers les mours des peuples qu'il visite, et répand le sel de sa piquante et gracieuse sagesse sur les mours, les coutumes , les civilisations qu'il parcourt ; c'est l'homme avancé en intelligence et en années, conduisant le jeune homme par la main et lui montrant, avec le sourire de la raison et de l'ironie, des scenes nouvelles pour lui. M. Poujoulat est un poëte et un coloriste; son