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CHAPITRE PREMIER
Le mur qui enfermait autrefois le jardin avait été remplacé par une clôture de treillis. Etait-ce ce réseau géométrique ou le jour grisâtre de janvier? le grand jardin ou la douceur s'était si longtemps melée a l'ordonnance ne me parut plus qu'un terrain plat, sans secret, sans autre vie que de rares fanes d'asperge. Et, tout au bout, la maison, recrépie, au toit neuf, elle non plus, n'était pas celle que j'avais connue. Je restai quelques instants une main accrochée au treillis, l'autre tendue machinalement parce qu'il me semblait avoir senti une goutte de pluie; et je me demandai, non tout a fait en plaisantant, si j'avais atteint l'âge ou toute maison n'est plus que murailles.
Dans la rue, un homme qui traînait une brouette, et que je ne parvins pas a reconnaître, me dit :
« Vous regardez l'ancienne maison de Mlle Aimée? Elle a bien changé hein! »
De grosses gouttes clapotaient dans l'abreuvoir. Je rentrai chez moi et m'assis pres du poele. La aussi, dans cette maison que je n'habite guere plus d'une semaine par an, tout a changé; on a repeint les solives, les placards, meme le vieux Christ de la cheminée; — pour une semaine, vraiment on m'a gâté. Je ne vois plus la lampe a essence que mon arriere-grand-mere