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Quand jurent publiés les premiers fragments de Jean Santeuil, quelques lecteurs inattentifs, trop prompts a juger, murmurerent : Pourquoi livrer ce texte au public? Puisque Proust avait choisi, pour ces pages, l'oubli, il fallait respecter sa volonté. Je crois, et meme suis certain, qu'ils se trompaient. Quel rapport y a-t-il entre le jugement que porte, sur ses premiers essais, un écrivain qui a repris depuis lors le meme sujet et en a tiré une épreuve meilleure et les précieuses découvertes que pourra faire, bien des années plus tard, un ami fidele de l'ouvre parmi les copeaux d'un travail sublime ? Notre admiration pour les tableaux d'un peintre est-elle une raison pour dédaigner les esquisses qu'il refusa jadis de montrer? Elles ont une beauté toute différente, plus négligée, plus hardie, parfois aussi plus émouvante. Bien sur, il ne faudrait pas annoncer comme un ouvrage achevé tel écrit que l'auteur eut détruit ou corrigé^ Mais présenter une esquisse comme telle, permettre l'étude de la formation du génie, placer la premiere Education sentimentale a cőté de la seconde ou les Miseres a cőté des Misérables, me semble etre une entreprise utile et louable.Il m'est d'autant plus permis de le dire que je n'ai joué aucun rőle actif dans la découverte de ce manuscrit. Au temps ou j'écrivais A la recherche de Marcel Proust, M^e Gérard Mante-Proust avait