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Je meurs
Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai plus : je suis mort. La vie est injuste. La mort aussi. J'ai eu de la chance. Tout s'est passé assez vite. Le cour a lâché. J'aurais pu me blesser. Pas du tout. Je suis tombé d'un seul coup, sans la moindre égratignure, dans les bras de Marie, devant la Douane de mer d'ou la vue est si belle sur le palais des Doges et sur le haut campanile de San Giorgio Maggiore. J'avais essayé plus d'une fois de donner a l'un de mes livres le titre de La Douane de mer. On ne fait pas toujours ce qu'on veut. La Douane de mer s'est refusée a entrer dans ma vie. Elle est entrée dans ma mort.
L'etre avec qui on meurt est aussi important que l'etre de qui on naît. J'étais content de mourir devant la Douane de mer. J'étais content surtout de mourir aupres de Marie. J'avais été un vivant dans les bras de Marie. C'est aussi dans ses bras que je suis devenu un mort. Elle est restée longtemps avec moi au pied de la Douane de mer et j'avais, comme avant, ma tete sur ses genoux. Des larmes coulaient de ses yeux que j'avais tant aimés parce qu'ils étaient tres bleus. Je ne bougeais pas. Je ne disais rien. Je n'ai jamais dit grand-chose. Je ne disais plus rien du tout. Elle baisait mes levres sans vie qui ne répondaient plus et elle pleurait en silence. Moi, je n'étais plus nulle part — ou peut-etre déja partout.
Elle a eu, le lendemain, une idée de génie et j'ai fait de mon
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