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JL^'ORAGE éclata au moment ou je poussai la porte. C'était le troisieme de cette éprouvante journée d'aout. Il faisait chaud et sombre dans le laboratoire. Assise a cőté du microscope, elle s'était sans doute assoupie, le front entre ses mains jointes ; le tonnerre la fit se redresser avec un sursaut de peur. I Vous vouliez me parler ?! Aujourd'hui, je ne me souviens plus du nom qu'alors je lui donnais. Les médecins, les autres infirmieres, les malades eux-memes l'appelaient Ange. Il me semble qu'en m'adressant a elle, je disais Mademoiselle comme si nous n'avions pas collaboré depuis plus de trois ans. Alors que je n'ai rien oublié des heures qui allaient entraîner ma condamnation, ma mémoire n'a pas retenu ce détail. J Oui, docteur.Elle se tourna vers moi. L'averse battait son plein. Le brasseur d'air qui tournait au plafond ne rafraîchissait pas l'atmosphere ; l'odeur des incubateurs et des produits chimiques y ajoutait un relent fade. Ange tira son mouchoir de la poche de sa blouse et, lentement, s'essuya les paumes. Il était difficile de croire qu'elle eut chaud ; de toute sa personne, du regard gris et du visage au teint transparent entre les boucles couleur de miel émanait une impression de fraîcheur.Elle se leva. Le sourire qu'elle avait aux levres, retenu, serein, cachait mal un sentiment de triomphe.