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LA TRAGIQUE EXISTENCE DE YICTOR HUGÓ
CHAPITRE PREMIER Une amitié orageuse
Ce matin du mois de juillet, dans leur gentil appartement de la rue Jean-Goujon, par un soleil flambant neuf, Victor Hugó, tel un jeune dieu auréolé, proche la trentaine, par la victoire littéraire d'Hernani, avait demandé un entretien particulier a sa jeune femme Adélé, épousée par amour et dont il avait quatre enfants, deux gargons et deux fiiles. II aimait le genre solennel.
— Que me veut-il? se demandait Adélé, dont la conscience n'était pas nette. Je vais encore subir un sermon.
Elle était dans la fleur de l'áge, proche du fruit, brune avec de belles épaules, des traits masculins, une poitrine trop lourde, des regards durs et décidés. Elle cédáit volontiers á l'emportement, se jugeait intellectuellement moins médiocre, terre á terre, qu'elle ne le disait, et, sur ce point, se montrait d'autant plus sensible á la flatterie. Sainte-Beuve, ami du ménage, laudateur public du mari, peloteur secret de l'épouse, avait ainsi trouvé le chemin de son coeur.
Sainte-Beuve était laid, franchement laid, préco-cement chauve, avec une mine de mauvais prétre.