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400 ans d'imaginaire du français
La fin de notre siecle s'en vient. Déja les trompettes, de toutes parts, annoncent le suivant - avec une étrange retenue, cependant, et infiniment plus de crainte que l'on aurait imaginé il y a quelques décennies, quand «l'an 2000 » faisait encore flores L'an 2000! Mots magiques, ferment d'un imaginaire débridé. Magnifique illusion d'un bonheur promis, personnel et social, d'une félicité éternelle et scientifique! L'importance des transformations mécaniques avait fait monter la fievre de l'espoir si haut que le XXF siecle devait marquer pour l'homme occidental l'entrée au paradis terrestre de la modernité Demain on rase gratis ! Les tres anciens mythes de prudence furent bousculés par un nouvel imaginaire en fusion - les déconvenues d'Icare aux ailes de cire furent écartées en riant.
Il nous reste, au moins provisoirement, le souvenir de ces espérances ; car si les dieux qui ont présidé a la naissance du monde nous ont masqué l'avenir sous le voile épais d'un nuage, le passé, lui, appartient a l'homme en propre, et rien ne saurait le lui arracher. Vieille scie des antiques philosophes : le passé est inaltérable, hors de l'atteinte des inventeurs, et des dieux memes. Horace le disait, le vieux chanteur «aux oreilles pendantes», qui vécut juste avant Jésus :
Ces dieux, nos maîtres absolus Sur le passé n'ont plus d'empire; Peuvent-ils changer ou détruire Ce qui vit le jour qui n'est plus
Quoi qu'il en soit, ce siecle numéro XX aura marqué notre ere, chrétienne du nom, de révolutions si vastes que les conséquences n'en seront équitablement mesurées que dans les siecles a venir - si, toutefois,
1. Horace (Q,. Horatii Flacci), Ode 29, Livre III (traduction P. Daru, 1804).