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Le Cinéma hongrois avant 1945. par István Nemeskürty Eugen Illés, Sándor Korda); en outre, un seul homme de cinéma á proprement parler (Móric Miklós Pásztory) et un ancien photographe (Ödön Uher). Malgré la perte de la plupartde leursfilms, il sembleque chacun d'eux avait un goüt, un style et une conception qui lui étaient propres. Chacun d'eux publia son credo esthétique dans divers articles et essais. Depuis que la premiére projection publique faite par les fréres Lumiére est considérée comme la date de naissance du cinéma, les historiens de tous les pays se sont efforcé de trouver dans leurs archives une date qui puisse rapprocher le début de leur cinématographie nationale de ce 28 décembre 1895. Les chercheurs hongrois ont ainsi découvert qu'un industriel, Arnold Sziklai, avait par ses propres moyens, filmé Frangois-Joseph 1 arrété devant la toile "Ecce Homo" et félicitant l'auteur, Mihály Munkácsy, au cours de l'inauguration de l'exposition qui á marqué le millénaire de la Hongrie. L'image étant mai exposée, on ne voit pas grand chose sur le document, pas mérne la téte de l'illustre personnage, coupée par un cadrage malhabile; mais l'honneur est sauf, l'histoire du cinéma hongrois détient une date qui suit de prés les débuts officiels des fréres Lumiére. Evidemment ni cet essai ni la production éparse des premiéres années qui l'ont suivi ne constituent les véritables débuts de notre cinématographie. Certes on a réalisé de petits films burlesques á la maniére de Max Linder, on a résumé en une demi-heure les classiques de la littérature et on a surtout tourné des séquences d'actualités. Et mérne si ces derniéres font, de nos jours, l'effet d'une séance de "cinéma-vérité", nous ne les mentionnons que pour rappelerauxcinéphilesfrangais que notre cinéma ne date pas d'il y a quelques années, de la période oü les films hongroisontfait leurpremiére apparition dans les salles parisiennes. La période qui présente quelque intérét sur le plan mondial commence en 1912, année de naissance d'une véritable production, organisée et suivie, de longsmétrages de fiction. Le moment dévait étre propice á tous les points de vue, car le rythme des "productions" va s'intensifier rapidement et, au cours de la premiére guerre mondiale, atteindre et dépasser les cent films par an. Ce sont des opérateurs frangais qui ont appris aux Hongrois le maniement des lourdes caméras. Les réalisateurs ont fait leur apprentissage á Paris, á Berlin, et surtout á Copenhague. A la fin de la premiére guerre mondiale, 45 réalisateurs avaient produit des films en Hongrie. 12 d'entre eux étaient des étrangers. Parmi les autres, 15 peuvent étre considérés comme des metteurs en scéne typiquement hongrois. Les 18 autres netravaillérentqu'occasionnellement dans le champ du cinéma. Comme dans le reste du monde, les premiers réalisateurs hongrois furent des acteurs et des journalistes. Vers 1918, sur les 15 réalisateurs hongrois mentionnés ci-dessus, on trouve six anciens acteurs (Béla Balogh, Alfréd Deésy, Márton Garas, Jenő Janovics, Michael Curtiz (Mihály Kertész), Károly Lajthay, quatre autres venaient du journalisme (Oszkár Damó, Aladár Fodor, II ne fait pas de doute que la personnalité la plus marquante du cinéma hongrois fut Sándor Korda (le futur sir Alexander Korda). En 1918, il avait déjá fait 19 films, dont 4 sous un pseudonyme ou anonymement: "Le Journaliste trompé" (A becsapott ujságiró), "Tutyu et Totyo" (Tutyu és Totyó) avec Gyula Zilahy, "Lea Lyon" (Lyon Lea) avec Miklós Pásztory, "L'Honneur de l'officier" (A tiszti kardbojt). Sa carriere commenga á Kolozsvár, sous la direction de Janovics. Ce fut Iá qu'il dirigea ses premiers films, tirés de l'oeuvre de Mark Twain "La Facture de mille Livres" (Az egymillió fontos bankó), de piéces de Gergely Csiky et de Szomaházy. En 1916,Janovics donna á son studio le nom de Corvin. Peu detempsaprés, il vendit la compagnie á Sándor Korda qui déménagea á Budapest. Janovics conserva cependant un studio á Kolozsvár et les films qu'il y fit furent présentés, á partir de 1917, comme des productions deTransylvanie. Soussa direction, il se forma Iá toute une génération de réalisateurs, de cameramen et d'acteurs, parexemple Mihály Várkonyi qui, sous le nom de Victor Varconi, devint une vedette á Hollywood. Pour sa part, Korda s'associa d'abord avec le producteur Pásztory. Jardinier á Brassó, devenu propriétaire d'une salle de cinéma, Pásztory fit fortune en faisant plusieurs films sur le théme des paysans et de la vie rurale: "Le Déserteur" (Szökött katona), "Le Mouton noir du village" (A falu rossza). Ce fut avec cet argent que Korda et Pásztory achetérent la compagnie de Janovics, la Corvin, et déménagérent á Budapest oú, en 1917, il construisirent un studio de cinéma au coin de l'actuelle avenue Gorki et de la rue György Dózsa; cependant, comme ce studio s'avérait trop petit et que la ville se développait rapidement, ils le détruisirent six mois plus tard pour le reconstruire au 39de la rue Gyarmat, dans ce qui était, á l'époque, la banlieue. C'est encore aujourd'hui le plus important studio hongrois; le corbeau, animal héraldique du roi de la Renaissance, Mathias Corvin, est encore gravé au-dessus du portail d'entrée de la rue Gyarmat. La Corvin ne se langa pas dans la production de masse. Alors que la Star faisait plus de cinquante films, la Corvin n'en réalisa que seize. Toutefois, c'étaient des films particuliérement soignés. Korda n'était pas seulement un bon réalisateur mais aussi un organisateur horspair. Ce fut lui qui congut les méthodes de fabrication qui sous-tendent encore aujourd'hui la production cinématographique hongroise. Le systéme qui consiste á employer un dramaturgé ou un écrivain est un trait caractéristique de sa méthode. Selon lui, le dramaturgé dévait étre aussi au fait des techniques du cinéma que de la littérature; c'est lui qui, tout en représentant les intéréts du réalisateur et du studio, dóit orienter les écrivains inexpérimentés et en