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INTRODUCTION
« Mus par une impulsion commune, nous étions tous debout, pour retrouver comme a tâtons le cours égal, l'unisson exaltant de l'Internationale. Un vieux soldat grisonnant sanglotait comme un enfant. Alexandra Kollontai retenait a peine ses larmes. L'immense chant envahit la salle, creva portes et fenetres et monta vers le ciel calme. — La guerre est terminée! La guerre est terminée! dit a mes côtés un jeune ouvrier. Son visage rayonnait.
« Et lorsque ce fut fini et que nous restions la dans une sorte de silence embarrassé, quelqu'un, au fond de la salle, cria : — Camarades! Souvenons-nous de ceux qui sont morts pour la liberté ! Et nous entonnâmes alors la Marche Funebre, cet air lent, mélancolique et pourtant triomphant, si émouvant, si russe. L'Internationale est, apres tout, une mélodie étrangere, la Marche Funebre semblait etre l'âme meme de ces masses obscures dont les délégués, rassemblés dans cette salle, édifiaient avec leurs confuses visions une Russie nouvelle, et peut-etre plus encore » (1).
C'était le congres des soviets de novembre 1917. Des délégués élus par les ouvriers, les paysans et les soldats russes venaient d'approuver l'insurrection victorieuse pour le pouvoir des soviets, décidée par le parti ouvrier social-démocrate russe (bolchevique) et exécutée par les représentants du soviet de Pétrograd. C'étaient « les dix jours qui ébranlerent le monde ».
Pendant plus de vingt ans, ce livre de John Reed que Lénine voulait faire lire a tous les travailleurs, pour qu'ils y apprennent ce qu'étaient « révolution prolétarienne » et « dictature du prolétariat », a été interdit en U. R. S. S., dans le pays de la révolution d'Octobre, celui-la meme dont les dirigeants se réclamaient de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat, et s'affirmaient disciples de Lénine.
L'événement le plus considérable de l'histoire de l'humanité depuis la Révolution française, l'espoir le plus boule-