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INTRODUCTION
MAITRES DE FLORENCE
chaque fois qu'au hasard d'une lecture ou d'une conversation surgit le terme de « Renaissance », c'est vers Florence que se tourne instinctivement le cours de nos pensées. C'est Florence qui illustre la plus haute et la plus cohérente expression de l'image que chacun de nous s'est forgée de l'ensemble des idées, des ouvres et des faits que l'on a convenu de réunir sous le nom de « Renaissance » : si bien que le terme « Art renaissant » devient presque synonyme d'« Art florentin ».
Si cette derniere définition ne fait pas seulement allusion a l'unité de temps et de lieu de divers courants artistiques, il est ditiicile de trouver un dénominateur commun réunissant les expériences et les événements qui caractériserent, rien qu'a Florence et dans le seul domaine de la peinture, la breve période qui s'étendit des environs de 1430, époque de Masaccio, jusqu'au début du xvi® siecle OU apparut le tondo Doni, médaillon représentant la Sainte Famille, premier chef-d'ouvre pictural de Michel-Ange. Il s'agit la peut-etre de la plus grande révolution de l'histoire de l'art depuis la lointaine Antiquité jusqu'a nos jours.
Cependant, il est généralement admis que l'expression « Renaissance », prise dans son sens httéral, implique un renouvellement radical fondé sur la redécouverte des valeurs et des regles qui contribuerent a la perfection des arts grec et romain. Il n'était pas question d'imiter aveuglément les themes classiques ni de revivre passionnément une civihsation désormais disparue, encore moins d'admirer avec nostalgie un monde dont la dignité morale supérieure se reflétait admirablement des la seconde moitié du xiv<^ siecle dans la sculp-
ture d'un Nicola Pisano. Il s'agissait plutôt d'étudier ratioimellement la perfection des ouvres classiques dont le secret s'était perdu au cours des siecles. De la redécouverte, dans des conditions de vie différentes, d'une civihsation révolue, naquit une nouvelle conception artistique.
Les artistes florentins du début du xv" siecle étaient tous conscients de la nécessité d'une telle « conquete » pour dépasser la tradition gothique et meme celle de l'Antiquité classique. Ils ne se sont pas contentés d'en démontrer la nécessité dans leurs propres ouvres, mais ils l'ont également exprimée sans équivoque dans leurs discours et leurs écrits théoriques. Lorenzo Ghiberti, qui se sentait l'héritier de la tradition du xiv® siecle, ou il percevait le commencement d'une ere nouvelle et la renaissance du « latinisme » par opposition a la rigidité grecque ou byzantine, déclarait dans ses Commentaires : «Parcourons les écrits laissés par les Anciens, eruri-chissons-en nos créations artistiques, ce ne sera pas sans profit.» Le grand orfevre insistait plus sur la nouveauté de ces «inventions» et sur le développement qu'il convenait de leur donner que sur l'hommage du aux Anciens.
Par exemple, on ne retrouve aucune trace précise dans les arts grec et romain, de la découverte la plus féconde du xv® siecle florentin: la perspective. Cette idée fut exaltée en des vers médiocres sous la plume d'un poete plus médiocre encore mais qui fut le pere du grand Raphaël : Giovanni Santi. Le concept de perspective domine la nouvelle vision artistique de la Renaissance, c'est un instrument de connaissance tout autant que de représentation formelle.