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De mon grand-oncle Malicroix je n'attendais rien. D'ailleurs, jamais personne n'avait rien attendu de lui. Nul ne l'avait rencontré depuis un demi-siecle. Terré en Camargue sur ses maigres terres, il incarnait pour nous la sauvagerie meme. Ni bon, ni méchant, mais seul; c'est-a-dire inquiétant et peut-etre terrible. Toutefois, séparés de lui par ce demi-siecle d'absence sans rupture, nous n'avions jamais éprouvé la malfaisance de ces qualités redoutables dont notre imagination le parait. Il nous ignorait avec une sorte de mépris. Tres magnifiquement il s'appelait Cornélius de Malicroix, et il était pauvre., Du moins on le disait. Son train de vie au milieu des étangs, en compagnie de quelques pâtres aussi durs et aussi sauvages que lui, pouvait le laisser croire, et on le croyait; car riche, eut-il vécu de cette vie farouche, et chichement, dans ce pays de la tristesse? Personne ne le pensait. Nous sommes en effet des gens de terre grasse, qui attachent a quelque aisance une valeur morale. Si le grand-oncle Malicroix s'était retiré au désert, sa retraite, a nos yeux, lui avait été inspirée par l'orgueil. Il cachait sa misere. C'est dire qu'on ne l'aimait pas.
Moi cependant je l'admirais. J'en savais peu de